Pourquoi les géants de la tech se tournent vers le nucléaire pour nourrir leurs IA

Difficile d’imaginer, il y a encore cinq ans, que les plus grands noms de la Silicon Valley investiraient massivement dans l’énergie nucléaire. C’est pourtant la réalité de 2026 : Meta, Microsoft, Amazon et Google ont engagé collectivement plus de 50 milliards de dollars dans des projets nucléaires, pour une seule raison, alimenter leurs centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.

Ce virage s’explique par un constat simple : les énergies renouvelables intermittentes, seules, ne suffisent pas à garantir la puissance stable et continue qu’exigent des centres de données fonctionnant vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le nucléaire, avec sa disponibilité constante et sa faible empreinte carbone, s’impose comme une option de plus en plus incontournable.

Microsoft mise sur la relance d’un site existant

Microsoft a choisi la voie la plus rapide : plutôt que de construire un nouveau réacteur, l’entreprise a signé un accord d’achat d’électricité sur vingt ans, portant sur 835 mégawatts, pour relancer le site de Three Mile Island, rebaptisé Crane Clean Energy Center. Ce choix d’un réacteur existant permettrait à Microsoft d’être la première des grandes entreprises technologiques à recevoir de l’électricité nucléaire dédiée, dès 2027.

Google et le pari des petits réacteurs modulaires

Google, de son côté, a opté pour une approche différente : les petits réacteurs modulaires, ou SMR. L’entreprise a commandé jusqu’à 500 mégawatts de capacité auprès de Kairos Power, selon un modèle original de « carnet de commandes », où Google s’engage à acheter l’électricité de plusieurs unités au fur et à mesure de leur mise en service, avec un objectif de 500 mégawatts atteint d’ici 2030.

Les petits réacteurs modulaires séduisent justement parce qu’ils promettent une construction plus rapide et plus flexible que les centrales nucléaires traditionnelles, avec la possibilité d’ajouter des unités progressivement, au rythme de la demande réelle.

Amazon et Meta ne sont pas en reste

Amazon a investi plus de 20 milliards de dollars pour transformer le site de Susquehanna en un campus de centres de données alimenté au nucléaire, et a signé un partenariat de 50 milliards de dollars avec l’entreprise X-energy pour déployer 960 mégawatts de petits réacteurs modulaires. Meta, de son côté, a lancé un appel d’offres pour de nouvelles capacités nucléaires allant de 1 à 4 gigawatts, un projet encore à un stade plus précoce que ceux de ses concurrents.

Au total, ce sont environ 9,8 gigawatts de capacité nucléaire qui ont été engagés à travers treize accords distincts signés par ces géants technologiques, un volume qui aurait semblé impensable pour des entreprises du numérique il y a encore quelques années.

Des défis qui restent entiers

Ces annonces spectaculaires ne doivent pas masquer la réalité des délais du secteur nucléaire : construire une nouvelle centrale prend généralement une décennie, et même les petits réacteurs modulaires, présentés comme plus rapides à déployer, n’ont pour l’instant été construits qu’en nombre très limité dans le monde. La plupart de ces projets ne produiront donc de l’électricité qu’à partir de 2027, voire au-delà de 2030 pour les plus ambitieux.

Se pose aussi la question de l’acceptabilité locale et de la gestion des déchets radioactifs, des enjeux qui n’ont pas disparu simplement parce que la demande vient désormais de l’intelligence artificielle plutôt que du réseau électrique grand public.

Le poids symbolique de Three Mile Island

Le choix de Microsoft de relancer le site de Three Mile Island n’est pas anodin sur le plan symbolique. Ce site avait été le théâtre, en 1979, de l’accident nucléaire civil le plus grave de l’histoire américaine, un événement qui avait durablement freiné le développement de la filière nucléaire aux États-Unis pendant des décennies. Le voir redevenir un site de production active, cette fois pour alimenter des centres de données d’intelligence artificielle, illustre à quel point la perception du nucléaire a évolué dans l’opinion et chez les décideurs industriels.

Ce retour en grâce du nucléaire s’accompagne toutefois d’un besoin criant de main-d’œuvre qualifiée : ingénieurs nucléaires, techniciens de maintenance et personnel de sécurité, des métiers qui avaient vu leurs effectifs se réduire pendant les années où le secteur était en perte de vitesse, et qu’il faut désormais reconstituer rapidement pour suivre le rythme des annonces.

Et maintenant ?

Ce basculement vers le nucléaire illustre à quel point l’IA redessine des pans entiers de l’économie, bien au-delà du seul secteur technologique. Les géants du numérique ne se contentent plus de consommer de l’énergie : ils deviennent des investisseurs majeurs dans sa production, avec un pouvoir d’influence croissant sur l’avenir énergétique mondial. Reste à savoir si cette accélération suffira à combler le fossé qui sépare déjà l’appétit électrique de l’IA de la capacité réelle des réseaux à le satisfaire.

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