Longtemps, se connecter par satellite supposait une antenne, un boîtier ou un téléphone spécialisé. Cette époque est en train de s’achever. La technologie dite direct-to-cell permet désormais à un smartphone ordinaire, sans accessoire ni application dédiée, de capter directement un satellite en orbite basse lorsqu’aucun relais terrestre n’est à portée. En 2026, ce qui relevait encore de la démonstration technique commence à ressembler à un vrai service commercial.
Le chiffre qui résume la bascule vient de SpaceX. Selon les recensements publiés début 2026, plus de 650 satellites Starlink dédiés au direct-to-cell ont déjà été lancés, ce qui en ferait le réseau 4G couvrant la plus grande surface de la planète. Le service est présenté comme actif dans environ vingt-deux pays, avec des partenariats opérateurs comme T-Mobile aux États-Unis, Rogers au Canada, Optus en Australie ou KDDI au Japon. La transmission de données, et plus seulement les SMS, est proposée depuis octobre 2025, avec une soixantaine de modèles de téléphones compatibles.
Starlink n’est pas seul sur ce terrain. AST SpaceMobile, son concurrent américain, a franchi une étape en juin 2026 avec le lancement réussi de trois satellites BlueBird de deuxième génération, les numéros 8, 9 et 10, embarqués sur une Falcon 9 depuis Cap Canaveral le 17 juin. L’entreprise indique viser une quarantaine de satellites en orbite d’ici la fin de l’année, avec une chaîne de production déjà engagée sur les exemplaires suivants. Chaque satellite Block 2 déploie une antenne géante de plusieurs centaines de mètres carrés, condition indispensable pour dialoguer avec un téléphone de poche.
La question réglementaire, elle, avance plus lentement. Les fréquences utilisées appartiennent aux opérateurs mobiles nationaux, ce qui impose une autorisation pays par pays. Le Brésil en offre une bonne illustration : son régulateur, l’Anatel, a approuvé le 2 juillet 2026 le principe de l’attribution de bandes radio à ces services, mais les règles techniques restent à écrire et un lancement commercial n’est pas attendu avant 2027. En Europe, l’Espagne fait figure de pionnière avec une approbation obtenue par l’opérateur MasOrange.
Reste à savoir si les usages suivront. Le cabinet Juniper Research anticipe une progression des utilisateurs actifs mensuels de 17,4 millions en 2026 à 133 millions en 2031, tout en avertissant que l’adoption réelle pourrait décevoir. L’argument est simple : le direct-to-cell ne sert que lorsque le réseau terrestre disparaît, et il ne résout en rien la mauvaise couverture à l’intérieur des bâtiments, qui reste la première frustration des abonnés.
La promesse n’en demeure pas moins concrète. Pour un randonneur, un marin, un habitant de zone blanche ou une population frappée par une catastrophe naturelle, disposer d’un signal minimal sans matériel particulier change beaucoup de choses. Le direct-to-cell ne remplacera pas la fibre ni la 5G ; il comble un trou dans la carte. C’est moins spectaculaire qu’une révolution, mais probablement plus utile.
Sources
- The Register — Satellite phone dreams orbit reality as direct-to-cell usage set to underwhelm
- Business Wire — AST SpaceMobile Announces Launch Date for BlueBird Satellites 8, 9, and 10
- Via Satellite — SpaceX Launches 3 AST SpaceMobile BlueBirds in Stacked Mission
- The Rio Times — Anatel Approves Direct-to-Cell, Opening Door to Starlink




Laisser un commentaire